Conférence à CARDIOCEAN

A la demande de « Culture et bibliothèque pour tous » de La Rochelle, je reprendrai, le 17 mars à 14h30, à CARDIOCEAN (Puilboreau) ma conférence sur Saint-Pétersbourg.

A bientôt, peut-être.

Jaô-Paô.

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Dernière minute

Les éditions Le Manuscrit  ayant manifesté leur désir de publier Chants Elysées, je me vois dans l’obligation d’en interrompre la publication sur mon blog.
J’espère que vous ne m’en voudrez pas trop et que votre déception ne vous empêchera de franchir la porte d’une librairie ( Les Saisons, à La Rochelle, par exemple) pour connaître, avant le 6 mai, la suite et la fin des aventures de Nick et de Jeannot.

A bientôt.
Jaô-Paô.

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Anagrammes

Quelques  anagrammes tirées d’un livre que je viens de découvrir:

« Le commandant Cousteau. Tout commença dans l’eau.

Le docteur Guillotin. Il en rougit du collet.

Le marquis de Sade… démasqua le désir.

La Sainte Vierge. Visage inaltéré. »

J’en passe et des meilleures…

Celle-ci encore, admirable…

« Le duc de Saint-Simon. Mondanités lucides. »

Troublant, non?

Si vous êtes aussi troublé que moi, et si vous aimez ça, lisez Anagrammes renversantes d’Etienne Klein et Jacques Perry-Salkow.  ( éd. Flammarion).

Désolé, je ne prête pas mon exemplaire!

Jaô-Paô.

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A consommer modérément

N'oublie pas: cette semaine, on s'abstient deux fois!

Aujourd’hui, aux infos de 8 heures sur France2, à propos de la consommation excessive d’alcool en Angleterre:

« Chaque Britannique est invité [par le gouvernement] à s’abstenir de boire deux fois par semaine. »

Comment faites-vous pour vous abstenir deux fois, vous? Toute explication sera bienvenue et je ne manquerai pas de la diffuser ici. A vos claviers!

Jaô-Paô.

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Chants Elysées: 2ème partie (5)

(Résumé des chapitres précédents: Le projet de Nick se précise. Voici Jeannot embarqué avec Nick sur l’île de Ré pour bâtir un monde nouveau tout en surveillant, du coin de l’oeil, le camp adverse…)

Au fond de son repaire, Nick n’avait pas le temps de s’ennuyer. Il travaillait, entre autres, à son futur projet de société, celui qu’il comptait présenter pendant sa campagne. Il m’en avait présenté les principales lignes qui pourraient se résumer ainsi :
Un seul ministre : celui de l’Imagination. Pour le reste, uniquement des secrétaires d’état subordonnés au projet général. Le mot d’ordre: refuser toute préoccupation matérielle. Se réfugier dans la pensée et dans le rêve. A travers l’art essentiellement et, forcément la littérature. En enfonçant dans le crâne de chacun qu’il n’y avait que l’imaginaire de vrai, on étoufferait toute revendication sociale et économique, on éradiquerait la concurrence mesquine des syndicats. On donnerait un véritable destin à la nation, à ce peuple trop longtemps aveuglé par la démagogie, asphyxié par la bien-pensance et le politiquement correct.
L’éducation consisterait essentiellement à lire.
Voilà pour le projet politique de Nick proprement dit.
Mais l’essentiel de son temps était consacré à son œuvre littéraire. Il y passait toutes ses nuits, car, à l’instar de Napoléon, il dormait peu et très mal. Le lendemain de son installation à Ars, il me demanda mon avis sur un point :
-    Et mon nom ? J’écris sous mon vrai nom ?
De fait, Nick avait déjà songé à un pseudo et il le soumit à mon jugement :
-    Il est moins harmonieux que mon nom et bien moins exotique. C’est une anagramme imparfaite. Mais il me lie désormais à Sélène. Savais-tu que mon nom contenait le sien ? C’est un signe du Ciel. Qui consacre notre union mystique.
Je ne cacherai pas que j’étais à la fois impatient et inquiet. Mais Nick jouait avec mes nerfs. Il finit par lâcher :
-    J’avais pensé d’abord à une véritable anagramme, genre « Nicolas S… ».
Comme il avait baissé le ton, je le fis répéter et lui confirmai que c’était impossible :
-    Ce pseudo est déjà pris !
-    Justement ! C’est pourquoi j’ai pensé à « Nick Royal », qu’est-ce que tu en penses ?
L’idée me parut un peu tirée par les cheveux et d’une élégance contestable mais Nick était à ce point aveuglé par l’amour que je préférai ne pas le contrarier.
Mon vrai problème, mon problème à moi, c’était le pont de l’île de Ré. J’envisageais, pour être honnête, de le faire démolir dès mon arrivée aux affaires, car j’avais la nostalgie du bac. La traversée, c’était tout de même quelque chose d’autre, avec tout le folklore rituel, les horaires, l’embarquement, les tempêtes et les marées, les chants des matelots, le débarquement dans la liesse. Le pont, quant à lui, me faisait horreur, sans parler du péage. Lors de ma première visite à Nick, j’avais emmené avec moi un ingénieur de Bouygues qui en avait ras le bonbon de son patron et de son entreprise. Il était enthousiaste à l’idée de réaliser le projet que je lui avais confié sous le sceau du secret. Pour fêter notre complicité, je l’emmenai jusqu’à Ars où nous avions l’intention de casser la croûte avant de rencontrer Nick.
En descendant de la voiture, juste en mettant le pied à terre, j’aperçois un portable apparemment perdu. Je fais un numéro au hasard et j’entends une voix qui me dit :
-    Allo ? Comment ça va, Lionel ? Depuis le temps que je n’avais plus de nouvelles, je me demandais ce que tu devenais.
J’interromps le flot de paroles de mon interlocuteur inconnu pour expliquer que je viens de trouver ce portable et que je cherche son propriétaire.
-    Vous pouvez me dire à qui il est ?
Un long silence me répond.
-    Alors, vous vous décidez ! Sinon, je le fous en l’air, ce portable.
Ma colère rend la parole au type :
-    Mais, moi, je veux bien vous le dire à qui il est ! C’est à Lionel, vous savez ? En fait, j’ai oublié son nom ! Depuis le temps qu’on le voit plus ! Le grand là, comme une porte de prison, les cheveux grisonnants.
La description m’éclaire enfin et, après avoir raccroché, je tends le portable à mon ingénieur:
-    Tiens, tu n’as qu’à y aller toi, chez Yoyo. Parce que, moi, il risquerait de me reconnaître et j’ai pas envie qu’il me tienne la jambe. C’est la maison au bout de la rue, avec les volets roses.
A peine avait-il sonné que la porte de la maison s’ouvrit. J’eus le temps d’entrevoir la silhouette austère de Yoyo. Il tendit la main, saisit son portable et referma la porte aussitôt.
-    Il m’a tout juste remercié, s’étonna mon ingénieur qui s’attendait à je ne sais quelle manifestation de gratitude.
-    Je crois qu’on gêne, répliquai-je.
Je n’avais pas plus tôt prononcé ces mots que je me trouvai nez à nez avec Sylvaine. Elle avait une mine de déterrée. Je la saluai fort respectueusement, car je savais que son quotidien n’était pas aussi rose que ses volets. Elle consentit à faire quelques pas avec nous et finit par nous confier timidement:
-    Je crois qu’il devient fou. Il veut se convertir et rentrer dans un ordre régulier.
-    Mais il est marié avec vous.
-    C’est bien ce que je lui ai fait remarquer mais il n’en démord pas et il s’est renseigné. Il peut le faire, à une seule condition.
-    Ah oui et laquelle ?
-    C’est que j’en fasse tout autant.
-    Mais vous n’allez pas accepter ce sacrifice, tout de même, m’insurgeai-je, au comble de l’indignation !
Et je lui promis d’arranger ça, tandis qu’elle s’effondrait en pleurs sur un banc de la promenade.
(à suivre…)

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Petite leçon à l’usage des journalistes: la dent d’or

Nous avons tous entendu parler de ce prétendu paquet de lingots découvert (« inventé » est le mot juste…) hier dans le métro par un contrôleur de la RATP. Que de gloses pour connaître sa provenance et que de raisons avancées pour expliquer que personne ne le réclame!… avant de reconnaître piteusement que ces lingots n’étaient pas en or!

Je propose donc à nos gloseurs en feuille de chou la relecture de Fontenelle:

          « Assurons-nous bien du fait, avant que de nous inquiéter de la cause. Il est vrai que cette méthode est bien lente pour la plupart des gens, qui courent naturellement à la cause, et passent par-dessus la vérité du fait, mais enfin nous éviterons le ridicule d’avoir trouvé la cause de ce qui n’est point.
Ce malheur arriva si plaisamment sur la fin du siècle passé à quelques savants d’Allemagne, que je ne puis m’empêcher d’en parler ici.
En 1593, le bruit courut que les dents étant tombées à un enfant de Silésie, âgé de sept ans, il lui en était venu une d’or, à la place d’une de ses grosses dents. Horstius, professeur en médecine dans l’Université de Helmstad, écrivit en 1595 l’histoire de cette dent, et prétendit qu’elle était en partie naturelle, en partie miraculeuse, et qu’elle avait été envoyée de Dieu à cet enfant pour consoler les Chrétiens affligés par les Turcs. Figurez-vous quelle consolation, et quel rapport de cette dent aux Chrétiens, ni aux Turcs. En la même année, afin que cette dent d’or ne manquât pas d’historiens, Rullandus en écrit encore l’histoire. Deux ans après, Ingolsteterus, autre savant, écrit contre le sentiment que Rullandus avait de la dent d’or, et Rullandus fait aussitôt une belle et docte réplique. Un autre grand homme nommé Libavius ramasse tout ce qui avait été dit de la dent et y ajoute son sentiment particulier. Il ne manquait autre chose à tant de beaux ouvrages, sinon qu’il fût vrai que la dent était d’or. Quand un orfèvre l’eut examinée, il se trouva que c’était une feuille d’or appliquée à la dent avec beaucoup d’adresse; mais on commença par faire des livres, et puis on consulta l’orfèvre.
Rien n’est plus naturel que d’en faire autant sur toutes sortes de matières. Je ne suis pas si convaincu de notre ignorance par les choses qui sont, et dont la raison nous est inconnue, que par celles qui ne sont point, et dont nous trouvons la raison. Cela veut dire que non seulement nous n’avons pas les principes qui mènent au vrai, mais que nous en avons d’autres qui s’accommodent très bien avec le faux. »

Fontenelle, Histoire des oracles, Première dissertation, chapitre IV (1687).

Conclusion: l’inventeur n’est pas toujours celui qu’on croit.

Jaô-Paô.

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Nemanja à La Rochelle

Pour bien commencer l’année!

Au programme: Bach, Beethoven, Ravel, Schumann.

Réservations à partir du 9 janvier au 06 07 03 00 08

En avant-goût, ceci.

Jaô-Paô

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Bonne année 2012 !!!

 

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Chants Elysées : 2ème partie (4)

(Résumé des chapitres précédents: Jeannot est revenu à La Rochelle où Nick l’a envoyé en mission. Mais il ne sait pas encore ce qui l’attend.)

Je ne tardai pas à apprendre ce que Nick avait voulu me dire lorsqu’il m’avait reçu. Vingt quatre heures ne s’étaient pas écoulées depuis mon retour de Paris que Nick m’appelait :

-         J’arrive !

Il me résuma ce qui se passait. Rien n’allait plus dans le camp d’en face. L’Université d’été avait été un fiasco et les divisions se faisaient, de jour en jour, plus criantes. « A part Sélène, qui s’est mise au vert, tous les autres sont à couteaux tirés !

Et Yoyo veut y mettre bon ordre. »

-         Yoyo ?

-         Mais oui, Lionel le Rhétais…

-         Il ne s’est pas retiré du monde ?

-         Faut croire que non. Il veut jouer les Monsieur bons offices… Faute de mieux.

Nick m’expliqua que Yoyo organisait chez lui, à Ars, une petite réunion de famille, le temps d’un long week-end pour essayer de réconcilier tout le monde avant les primaires. Il fallait redonner l’image de l’unité et de la solidarité, beaucoup trop écornée à son gré par le débat du 15 septembre et ceux qui suivirent.

Personne encore n’était informé de l’affaire. Il envoyait sur place Henri et Gérard. Je ne serais pas de trop pour leur donner un coup de main.

-         Voilà pourquoi j’ai besoin de toi en urgence !

Mais ce n’était pas tout. Il m’annonça son retour chez moi.

-         Ça ne te dérange pas trop ?

-         Mais si ! Ça me dérange ! En tout cas, ne compte pas faire déménager Lily-Anne.

-         T’en fais pas ! Clara a mis de l’eau dans son vin. Depuis le retour d’Annie, elle n’a plus autant d’exigences. Tu sais qu’elles s’adorent et ne se quittent plus ! Elles passent des après-midis entières à tricoter pour le bambin.

-         Et qu’est-ce que tu comptes faire chez moi ?

-         D’abord, je vais me mettre au boulot pour les corrections dont je t’ai parlé. Et puis, je suivrai de plus près les événements rhétais.

-         Et pour ta tête ? Tu y as pensé à ta tête ? Pas de chirurgie cette fois ?

-         Je ne sortirai pas de chez toi. C’est l’affaire de quelques jours.

C’est alors qu’il me revint à l’esprit une conversation avec Colette, ma collègue. Elle venait d’hériter à Ars d’une petite maison toute proche de chez Yoyo. Je l’appelai pour avoir confirmation. Les deux maisons étaient mitoyennes. C’est ainsi que j’eus l’idée d’installer Nick, non pas chez moi mais dans cette maison d’Ars. Il serait aux premières loges et sa présence passerait plus inaperçue qu’à La Rochelle, si l’envie lui prenait de sortir de son trou pour faire quelques pas. Colette, à qui j’avais tu l’identité de son locataire, ne fit aucune difficulté pour nous prêter la maison et Nick fut ravi du voisinage que je lui proposai.

Néanmoins, j’avais quelques scrupules vis-à-vis de Colette et, lorsque Nick arriva, je les invitai tous deux chez moi, pour les présenter l’un à l’autre.

Colette ne fit pas le lien entre le Nick qu’elle avait rencontré un mois plus tôt et le Nick qu’elle avait sous les yeux. Je lui expliquai alors ce qui s’était réellement passé. Elle marqua une hésitation parce qu’elle avait je ne sais quelle prévention contre le Nick qu’on lui montrait à la télé, mais, par « amitié pour moi » (ce furent ses mots), elle finit par se laisser convaincre.

Nick, pour arrondir les angles, fit semblant de s’intéresser au travail de Colette :

-         Qu’est-ce que vous enseignez ?

-         L’histoire et, actuellement, je prépare une thèse.

-         Je pense que le titre sera « L’hétérosexualité au XIIème siècle. »

-         Mais c’est passionnant ! Qu’est-ce qui vous a donné l’idée ?

Elle lui expliqua alors que La Rochelle, au XIIème siècle, était devenue une nouvelle Sodome et que la population menaçait de s’éteindre. Des moines avaient alors fondé des colonies dans les îles alentours pour rééduquer la jeunesse désorientée. A l’île d’Aix, c’est un certain Frère Damien qui avait pris les choses en main. Et il avait apparemment réussi à réimplanter les mœurs traditionnelles. A l’île de Ré, en revanche, Frère Côme n’avait pas été couronné du même succès. Encore aujourd’hui, les pratiques en question perduraient au grand jour, parallèlement aux autres. Et Colette ajouta, nous gratifiant d’un clin d’œil complice :

-         D’ailleurs, pourquoi croyez-vous que nous allons compter un nouveau résident en la personne de Jean-Pierre Pernaut ? Depuis la révélation de Houellebecq, il a compris qu’il était absurde de se cacher.

Nick buvait littéralement les paroles de Colette, étonné par cette érudition.

-         Et votre ami… comment déjà ? finit-il par demander.

-         Sandro ?

-         Oui, c’est ça.

-         Tout va bien pour lui, merci. Il passera certainement ce week-end. Si vous n’y voyez pas d’inconvénient.

Finalement, l’entrevue s’était passée mieux que je ne pensais : Nick et Colette furent contents l’un de l’autre et, sans plus de façons, nous nous installâmes tous trois dans la maison de Colette. Nous n’avions plus qu’à attendre l’arrivée de nos voisins.

(à suivre…)

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Chants Elysées: 2ème partie (3)

(Résumé des chapitres précédents: Nick, qui a décidé de se consacrer à l’écriture, est sur le point de laisser les rennes de l’état à son mentor, Jeannot (le narrateur), qu’il envoie d’abord en mission en Poitou-Charentes… et, plus précisément, vers La Rochelle)

Si je racontais maintenant dans un roman ce qui suit, on ne me croirait pas ; on me reprocherait un manque de vraisemblance. Pourtant c’est l’exacte vérité.

… J’étais bien trop excité pour somnoler comme mes voisins dans le train. Et j’étais particulièrement intrigué par ce qui, selon Nick, se tramait à La Rochelle. Pour passer le temps, tout en rêvant à l’avenir, je laissais errer mon regard sur les visages endormis. Tout à coup, dans le reflet d’une vitre, je crus reconnaître quelqu’un qui me fixait avec une sorte de curiosité bienveillante. En un éclair, je pris conscience que c’était Sélène en personne. Comme elle ne fuyait pas mon regard, je me levai et pris place à côté d’elle :

-         Vous permettez ? On se connaît un peu, je crois.

-         Il me semble en effet mais je n’arrive pas à me souvenir exactement.

-         Le marais poitevin, la barque, Arçais… Ça ne vous rappelle rien ?

-         Vous êtes un ami de… s’exclama-t-elle alors.

-         Oui, on peut le dire comme ça.

Je lui vis prendre un air mélancolique. Elle m’ouvrit alors son cœur, comme je ne l’en eusse jamais cru capable. Les portraits qu’on m’avait faits d’elle étaient ceux d’une femme froide et calculatrice, d’une ambition démesurée. Quelle ne fut pas ma stupeur de la voir s’épancher sans fard. Je supposai que c’était suite à son échec aux primaires mais je n’osai y faire allusion. C’est elle-même qui aborda le sujet :

-         Vous savez, les primaires, je n’y tenais pas tant que ça. Je le faisais pour mes fans, pour ne pas les décevoir. C’est maintenant que je vais enfin pouvoir vivre. Le pouvoir ne m’a jamais intéressée. J’ai suivi la voie que m’avait tracée mon père. Et puis, Franz aussi qui me poussait… jusqu’à me faire basculer.

Je buvais littéralement ses paroles. D’ailleurs, je me retrouvais un peu dans ce qu’elle disait. Moi, c’est Lily-Anne qui me poussait. Sélène continuait, presque sereine, abandonnée :

-         Maintenant, je respire à nouveau. Je vais abandonner mes mandats mais surtout pas ma région. Je vais me retirer dans quelque lieu paisible dans la campagne niortaise.

Comme je voulais sonder un peu plus profondément son cœur, je lui demandai :

-         Mais vous ne vous intéresserez pas à la campagne de vos amis ?

-         Pas à la leur, vraiment. Bien sûr, je souhaite la victoire de mon camp, enfin… celui qui fut le mien, puisque, maintenant, on me fuit comme une pestiférée. Mais je regarde la bataille qui s’annonce avec sérénité et objectivité et je sais distinguer et reconnaître les qualités de mon principal rival…votre ami, si j’ai bien compris ?

Je me gardai bien de lui parler du projet de Nick. On n’est jamais trop prudent. Je précisai simplement :

-         Oh, n’exagérons rien ! Nous nous connaissons un peu. Lily-Anne, ma femme, est une amie de Clara. De longue date.

En disant cela, je me pris à rêver aux intermittences du cœur. Je ne crois pas avoir un cœur d’artichaut, mais, là, je me sentais tout prêt à m’attendrir sur Sélène et je commençai à éprouver, comme toujours dans ces cas-là en ce qui me concerne, un début de sentiment amoureux. Ainsi, j’avais vu naître et mourir, en un mois, un penchant pour Nick et le voilà qui ressuscitait à l’occasion de cette rencontre. En effet, je mêlai indistinctement l’inclination que j’éprouvai pour l’une comme pour l’autre. En moi grandissait, au rythme du TGV, mon attirance pour ces deux êtres, si semblables au fond. Peut-être étaient-ils les deux moitiés de l’androgyne originel ? Celui que Platon décrit ?

L’arrivée en gare de Poitiers stoppa net ma méditation. Sélène se leva pour attraper sa valise :

-      Je descends ici. Peut-être aurai-je le plaisir de vous revoir ? Et Nick aussi. C’est ainsi que vous l’appelez ? En tout cas, j’aimerais bien le rencontrer en-dehors de l’arène politique. Je suis sûre que nous avons des choses à partager. Vous le lui direz de ma part ?

Je lui assurai que je transmettrais son message et je la regardai descendre du train à regret. En sortant de la gare, elle se retourna une dernière fois et je crois bien qu’elle m’envoya un baiser de la main.

(à suivre…)

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